JournalTextile

J’ai toujours tenu un journal, noirci des carnets. Pas pour y consigner des évènements marquant de ma vie mais plutôt pour y démêler mes émotions, vider mon sac en espérant y gagner en compréhension et en apaisement. Seulement voilà, il arrive que ça tourne en boucle et que cet exercice ne m’apporte plus rien de bon. Utiliser une autre méthode, un autre langage, exprimer, apprendre à mieux se connaître mais aussi ouvrir d’autres voies d’exploration. L’idée d’un journal sans mots m’est venue. J’ai réfléchis à la manière de procéder, il me fallait choisir un support…le tissu bien sûr et ainsi déchirer 365 carrés dans de vieux draps de coton blanc, mesurant chacun 12×12 cm. J’ai commencé mon premier carré le 1er janvier 2019. Un carré blanc chaque jour où quelque chose peut survenir, aboutir ou non, comme une proposition, autant de traces laissées par une réflexion continue autour de ce projet. Chaque jour un carré ouvrant sur autre chose, une suite de pensées, associations d’idées parfois se prolongeant quelques jours, parfois s’interrompant brutalement. Quoi qu’il en soit, pas à pas, jour après jour j’avance et c’est cette progression qui m’intéresse. Je ne cherche pas à créer de belles images, tout est gardé, le bon comme le mauvais, le fort et le faible. Mon intention était de sortir une somme de choses, puiser au fond, dans l’espoir d’y lire quelque chose de moi-même qui m’échappe. La première fois que j’ai vu mon journal entièrement exposé, je n’ai pas eu la révélation et ces choses m’échappent toujours mais c’est peut-être bien ce mystère qui fait qu’on a toujours et encore besoin de créer… Mais j’ai vu cet ensemble de 365 pièces et les interactions entre elles ; les différentes pièces peuvent être disposées de multiples façons ( en ligne, en colonnes, en respectant ou non l’ordre chronologique, etc…) et il se passe toujours quelque chose de différent. L’œil se promène et fait des rapprochements de couleurs, de formes et voit apparaître des détails qu’il n’avait pas relevé plus tôt. Ce jeu de l’œil et de la mémoire visuelle, de l’interprétation qui peut en résulter me fait croire que regarder le journal nous fait entrer dans un exercice de création en soi, disponible à chaque visiteur.